Discours de Boualem Sansal aux Invalides

Lors de la remise du prix Lanzi aux invalides le 26 septembre 2018, Boualem Sansal a prononcé un discours que l'Association Esprit laïque se devait de relayer.

Voici ce discours intégral, et nous remercions son auteur pour ces mots dont nous avions besoin.

 

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs,

 

Cher Monsieur Schmitz, cher ami,

Je n'ai qu'un mot à vous dire: Merci.

Je suis un homme modeste mais je dois dire que votre discours fut un régal pour mes oreilles, une symphonie qui m’a fait entendre les belles sonorités de l'intelligence, de la bonté, de l'élégance, et de ce bel esprit qui fait le charme et la beauté de la culture et de la langue françaises. Cette culture et cette langue qu’aujourd’hui on défend si mal, qu’on ne défend plus en vérité, qu’on moque même, pris que nous sommes dans la sous-culture produite par une mondialisation sans âme, culture et langue françaises que pour ma part je défends avec force et auxquelles chaque jour je rends grâce pour ce qu'elles ont fait de moi et ce qu’elle ont pu donner à l'Algérie et qui lui ont permis quelque part de résister à l’idéologie castratrice du FLN et aux rêveries mortifères de l’islamisme

 
Boualem sansal
 

Votre discours dit aussi les regrets qui sont les nôtres, celui notamment de n’avoir pas vu, dans la tourmente de la guerre, je veux dire la seconde guerre mondiale que l’Algérie française était prête pour une grande aventure humaine, dans l’indépendance et dans la coopération avec la France, qui aurait fusionné en elle toutes les identités de la Méditerranée qui étaient déjà présentes sur son sol, identité française, berbère, juive, arabe, espagnole, grecque, italienne, maltaise, turque, africaine. Que cette terre était généreuse ! Elle pouvait à elle seule devenir cette Union de la Méditerranée que d’éminentes personnalités des deux côtés de la mer, ont appelée de leurs vœux, dont Camus. Au lieu de cela, la France et l’Algérie se sont séparées dans le plus tragique des malentendus et continuent, année après année, de se séparer, se diviser, s’invectiver. Ce regret est une douleur d'autant plus grande que, aujourd’hui, deux guerres plus tard, nous avons sous les yeux l’image d'une Algérie martyrisée, brisée, sclérosée qui sombre dans l'ignorance, le fanatisme, la corruption, la désintégration, et que de l’autre côté nous avons l’image d’une France minée par l’islamisme et l’incurie des élites qui se regardent dans le miroir des communicants et des publicitaires, une France toute heureuse d’être si bonne et si belle.

Face à cela, nous qui nous voulons conscients, il nous appartient de garder la mémoire de cette histoire naissante qui pouvait devenir une success-story et de la transmettre à la génération qui vient, et en même temps il nous revient d'essayer, bien que cela soit impossible après le mal que le FLN et l’islamisme nous ont causé, de poursuivre sous d'autres formes cet accouchement inachevé. Faisons que nos enfants qui pouvaient devenir des frères de sang et de sol, soient demain les meilleurs amis du monde. C'est notre façon d'honorer notre longue histoire commune, toute notre histoire, dans toutes ses vérités, les bonnes et les mauvaises. Nous sommes assez grands pour tout entendre et tout mettre en perspectives.

oOo

Je voudrais si vous le permettez chers amis, vous dire quels sont mes sentiments devant ce qui se passe aujourd’hui en Algérie et en France.

Après trente années de dictature du FLN maudit et de son double le FIS maudit, l’Algérie est aujourd’hui menacée d’éclatement et de disparition. Elle ne tient encore que par la corruption massive que le régime de Bouteflika entretient pour maintenir un semblant d’Etat, ceci grâce à la rente pétrolière, dont une grande partie est captée par les dignitaires du régime et les oligarques qui leur servent de prête-noms. Mais la rente pétrolière n’est plus ce qu’elle était, elle a fondue. Une nouvelle guerre civile est en route. La France en sera immédiatement et très durement touchée. Vous savez cela, vous le craignez, mais il est bon de le répéter.

S’agissant de la France, il faut ouvrir les yeux et constater qu’elle n’est plus vraiment la France. Chaque jour l’islam dans ses versions radicales, wahhabite, salafiste et djihadiste s’enhardit et, telle une meute harcelant sa proie, ses troupes lui arrachent un morceau de chair par-ci, un autre par-là, pendant qu’elle se vide de son sang. Et vient le moment où la proie cesse de se débattre, elle accepte l’inéluctable.

Je ne veux pas jouer les Cassandre mais je me suis fait une conclusion que je voudrais partager avec vous. Je vous la donne en trois points :

Un : nous sommes en danger et en passe d’être vaincus. L’état mortifère dans lequel se trouve l’ensemble du monde musulman est là sous nos yeux pour nous dire ce qui nous attend et qui déjà atteint vos banlieues.

Deux : Pendant que l’ennemi nous fait une guerre totale vos dirigeants et vos élites s’inventent des motifs très nobles pour se dérober.

Trois : la France laïque est la cible numéro et le maillon faible. L’islamisme s’y investit à fond.

Merci à vous, pour le prix, pour être venu m’entendre, pour le courage que votre appui me donne.

Boualem Sansal

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