Madame la Députée, Laetitia Avia,

Madame la Députée, Laetitia Avia,

L'association Esprit Laïque tient à vous informer d'un fait grave, qui, nous le pensons, devrait vous alerter sur la zone grise des dérives haineuses sur les réseaux sociaux.

Début juillet, votre projet de loi a été adopté à une très large majorité, et nous avons critiqué la portée de ce projet. Nos activités numériques nous ont amenés à être très précis et vigilants sur les questions liées à la haine et à son expression. Notre gestion des réseaux sociaux nous confronte en effet à la violence écrite.

Or nous considérons qu'un pan entier de ce que nous lisons sur les réseaux sociaux n'est pas pris en compte dans votre texte, texte que nous considérons par ailleurs constituer un retour au délit de blasphème.

L'imprécision étant la pire chose en matière légale, nous considérons que la loi ne prend pas en compte plusieurs formes de haine et d'expressions de haine et nous avons entrepris d'en faire la démonstration en ouvrant sur le réseau social Facebook un groupe dédié ayant pour nom « Recueil de haine (Esprit Laïque)»

Il s'agissait d'un groupe public dont les publications étaient soumises à approbation des administrateurs, et qui était chargé de démontrer que les expressions de haine visant des citoyens engagés dans la défense de la laïcité, de l'universalisme, de l'égalité, contre l'homophobie, l'antisémitisme, l'essentialisme, pour la liberté de conscience et le droit de changer ou d'abandonner son culte, dans la promotion des libertés individuelles, n'étaient pas incluses dans le champ de la loi que vous présentiez.

 

Nous avons donc entrepris de collecter sous forme de captures d'écrans les propos dirigés contre nous, nos lanceurs d'alertes, nos militants, des chefs de groupes Facebook, diverses personnalités...
En quelques semaines avec un rythme exponentiel, le groupe a pu recueillir plus d'une centaine de captures d'écran émanant de toutes ces personnes.

Nous avons fait le choix de publier ces captures brutes, en conservant le nom des personnes tant receveurs que posteurs, puisqu'il nous faut assumer nos combats et démontrer la virulence des propos qui nous sont adressés sur les réseaux sociaux.

Il est évident que devant le nombre de captures d'écran, il nous est impossible d'ester en justice pour chaque attaque. Ces captures d'écran ont démontré la violence et l'irresponsabilité générale de nombre de trolls.


Nous avons recueilli pêle-mêle, outre des insultes qui sont devenues l'expression naturelle de toute une partie des commentateurs, des appels aux meurtres, des apologies du nazisme, des menaces de mort à l'encontre des homosexuels, de ce qui pourrait s'apparenter à des fatwas au nom de la religion à l'encontre des apostats, des menaces de viol à l'encontre de militantes, des propos essentialistes appelant à la violence contre la France.

Compte tenu des propos tenus et de la qualité de nos militants( laïques, républicains,universalistes, athées,...) nous pouvons affirmer qu'il ne s'agit pas ici de comptes violents d'extrême droite, mais plutôt, en majorité, de comptes se revendiquant musulmans ou tout du moins proches des mouvances islamistes.

C'est sur cette différence de traitement que nous souhaitions vous alerter, afin de démontrer que votre loi ne protége aucunement le plus grand nombre d'internautes mais bel et bien des intérêts particuliers.

Différence de traitement, puisque Facebook a supprimé sans préavis l'entièreté du groupe. Cela contribue naturellement à faire disparaitre toute trace numérique de ces captures d'écrans, sans pour autant en supprimer l'expression originale, ni mettre en cause les comptes posteurs. On tire donc sur le pianiste!

Lutter contre la haine numérique, nécessite d’ inclure tout les pans de cette haine, et non d’user de termes imprécis tels que "islamophobie" qui enterrent, de fait, les critiques raisonnables de l'expression haineuse dirigée par exemple contre des athées ou des apostats, qui sont en danger dans la majorité des théocraties, et dont nous pouvons affirmer qu'ils sont à ce jour, en France, des cibles numériques.

Que dire des apostats qui ont trouvé refuge, en France, pays de la liberté de conscience, qui se voient menacés, obligés pour s'exprimer, de se réfugier derrière un pseudonyme, ou encore de ces femmes affirmant avoir abandonné le voile qui sont menacées de viol, ou pire encore.

Que dire de ces militants laïques qui défendent la portée légale et philosophique de la loi de 1905 et sont assimilés à l'extrême droite, tenus de se taire pour ne pas subir de doxxing, de dogpilling (effet de meute sur commande), de menaces sur Messenger, de vidéos diffamantes, de négativité par mots clefs (ajout de négativité dans les mots clef des articles ou vidéos pour une indexation google).

 Je suis moi même au centre d'attaques nominatives, qui m'ont conduit à porter plainte pour menaces de mort et physiques. Je peine à obtenir la suppression de commentaires insultants et menaçants sur Facebook, à faire supprimer une vidéo insultante et diffamatoire sur la plateforme youtube.

Pour autant, faire supprimer ces commentaires ne règle pas le problème.

Tant que les plaintes ne sont pas déposées, il est contreproductif de supprimer les preuves.

En conclusion, on peut voir aujourd’hui son compte sauter pour avoir dénoncé la haine alors que ceux qui en sont à l'origine ne sont pas inquiétés.

Le but du groupe "Recueil de haine (Esprit Laïque)" était de recueillir, de centraliser et de conserver par des captures d'écrans en mode public, diverses expressions de la haine.

Le fait que Facebook (que j'ai interpellé sur le sujet) ait supprimé le groupe entier conduit à renforcer l'expression de la haine, en limitant la liberté d'expression des citoyens visés. Cela démontre l'incapacité de Facebook à gérer l'expression de la haine, et celle du gouvernement à contraindre les réseaux sociaux de supprimer les comptes violents, menacants et haineux.

Je tenais à vous interpeller sur ce dossier sensible afin que vous soyez informée de cette zone grise, que nous considérons hors du champ de l'application de la loi que vous portez. Nous ne parlons pas des particularismes que  vous tenez à préciser dans votre texte. Nous parlons ici de la censure des lanceurs d'alertes qui bride la liberté d'expression de millions de personnes sans que quiconque ne s'émeuve de l'impunité d'insulter, de menacer, de promettre la mort en pratiquant l'apologie de l’essentialisme islamiste ou du nazisme...

Il s'agit ici d'une fracture numérique qui met en péril l'égalité de droit, les libertés individuelles, la liberté de conscience, qui en ne prenant pas en compte les activités néfastes des milices du net, ( hormis celles de l'extreme droite anti-républicaine et essentialiste) oblige à taire les opinions.

Cette zone grise ne doit pas être occultée par les pouvoirs publics. Il en va des libertés individuelles et des intérêts collectifs dont l'Etat est le garant.

Richelet Rémi  président de l'association Esprit Laïque.

Commentaires (3)

Jacques Troquet
  • 1. Jacques Troquet | 09/08/2019
Madame Avia ,
Votre loi n'est autre qu'un sauf- conduit pour des internautes qui se cachent derriere des Alias, et creent ces deferlements de haine exposes dans la requete qui vous est faite. Que Facebook supprime une page qui temoigne de toutes ces horreurs demontre bien le vide juridique de cette loi, qui visiblement est detournee. On attend des reactions .
Biot Didier
  • 2. Biot Didier | 08/08/2019
Il serait complètement anormal et antidémocratique que rien ne soit fait pour rétablir ce groupe facebook !
Marie-Aude
  • 3. Marie-Aude | 07/08/2019
J’espère que madame Avia répondra à ce message et fera en sorte que la haine que nous dénonçons soit celle supprimée de Facebook. Il est intolérable que la parole de ceux qui se battent pour la laïcité et le respect de nos lois soient tues quand les messages haineux et illégaux fleurissent et perdurent !

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Date de dernière mise à jour : 08/08/2019