Collège, cantine et Ramadan.

Un simple formulaire polycopié, envoyé par une internaute soucieuse de comprendre ce qu'elle lit, vient réveiller le vieux débat de l'école laïque. Le collège du Fort à Sucy-en-Brie a remis aux élèves un formulaire à retourner avant la date fatidique du 15 avril 2019.

Ce formulaire indique en toutes lettres les dates du Ramadan et indique aux parents qu'il s'agit d'une proposition de remise exceptionnelle au titre de la pratique d'un jeûne cultuel.

Il est ensuite demandé aux parents de décréter que leur enfant fera ou non le ramadan avec cette formule : "il ne déjeunera donc pas au collège pendant cette periode".

Le tout est accompagné d'une demande de sortie éventuelle pendant la pause méridienne, pour aller jeûner hors de l'établissement. Ce qui est très spécial dans cette demande, qui semble cadrée par un règlement intérieur, c’est qu’elle s'adresse directement aux élèves musulmans, ce qui constitue en soi une discrimination directe envers la croyance de certains élèves.

Le collège devient donc proactif en adressant de son propre chef une question d’ordre cultuel aux parents, et en leur demandant de décider s’ils imposeront ou non une pratique cultuelle consistant à se priver volontairement de nourriture durant tout le jour.

Le collège valide donc administrativement la reconnaissance de privation de nourriture de ses propres élèves, en les privant de leur libre-arbitre face à la famille.... pour des raisons de contingences économiques liées à la cantine.

Alors que le cadre scolaire a vocation à séparer justement l'élève de son milieu familial afin que l'apprentissage d'un socle commun soit d'une neutralité irréprochable, le collège du Fort à Sucy-en-Brie pratique à l'opposé en fournissant les outils qui entravent la liberté de conscience des adolescents.

Cette pratique bafoue largement le principe de laïcité, qui empêche tout fonctionnaire de porter un jugement sur les cultes des usagers du service public. Pire encore, elle empêche les enfants d’échapper au contrôle de leur famille s’ils souhaitaient ne pas pratiquer ce rituel, ou a minima s’ils ne voulaient pas se résoudre à une pratique quotidienne du jeûne.

C'est l'administration elle-même qui organise le pointage des élèves puisque l'exonération ne fonctionne que si la restauration n'est pas prise dans l'établissement pour toute la période du jeûne.

C'est indigne et anti-laïque que de pratiquer de la sorte. Ce type de procédure semble être en nette progression dans les établissements publics, puisque c'est par l'ENT qu'à Montpellier on demande aux parents de se positionner sur le jeûne de leurs enfants. On marche d’autant plus à l'envers que les autorités religieuses elles-même disent que le jeûne n'est pas obligatoire pour les plus jeunes et que, quoi qu'il en soit, il ne doit être pratiqué que lorsque les conditions le permettent.

L'administration de ce collège considère donc qu'apprendre le ventre vide n'est pas un problème, alors même que le ministre évalue la possibilité de petits-déjeuners gratuits dans les établissements scolaires.

L'administration du collège n étant pas qualifiée pour les questions d'ordre médical, cette forme d'ordonnance est particulièrement inconsidérée. En validant la privation de nourriture, la direction de l'établissement commet une faute grave.

Dans le contexte actuel, cette initiative favorise encore des discussions sans frein autour de l'islam et de sa pratique alors même que cela n'a pas lieu d'être.

L'école laïque, c'est l'école de tous, elle est chargée d'instruire et non d'éduquer à la pratique rituelle et, en aucun cas, elle ne doit organiser administrativement les cultes même sous couvert d'économies budgétaires. En aucun cas non plus, elle ne doit demander d’informations et d’autorisation aux parents reposant sur des critères culturels ou cultuels.

Ces politiques discriminatoires sont le fruit d'un entrisme effréné du dialogue interconfessionnel, géré de main de maître par l'Observatoire De la Laïcité et par une poignées d'associations spécialisées dans la formation des professeurs. Par leur truchement, des militants réintroduisent des concepts cultuels dans les établissements scolaires sous couvert de fraternité cultuelle. Il s’agit de Coexister, du CCIF, et sûrement d'autres encore. Il devient urgent pour le Conseil de Sages de la laïcité de trancher dans ces positions administratives et d'en finir avec les acteurs de terrain qui dénaturent les positions laïques d'une école déjà gangrenée par des positions idéologiques internes.

Il devra pour cela extraire les quelques specialistes de la coexistence qui figurent parmi le Conseil, et faire reprendre le chemin de la République à une institution dont Jean Zay disait qu'elle devait être un sanctuaire contre les idéologies.

Pour finir par une comparaison , je doute que ces établissements aient proposé une ristourne pour le carême à l'ensemble des élèves, et sûrement en invoquant le motif de la loi 1905, mais il semble que pour le culte de l'islam, tout soit possible, y compris de faire décider aux enfants, par leurs parents, une privation de nourriture dans les établissements scolaires.

Commentaires (2)

professeur
  • 1. professeur | 19/04/2019
Qu'on soit pour ou contre ce type d'initiative, la place et la pratique de l'islam suscite encire une réaction épidermique, qui vient en premier lieu de l'inculture et de la méconnaissance de cette religion. Comme souvent, ce sont des pseudo-experts qui viennent expliquer une pratique religieuse qu'ils ne connaissent pas eux-mêmes (âge du jeûne, repas du matin...). Sur le fond, ne pas faire payer un mois de cantine sans repas pris à des parents souvent en difficulté financière, parait logique et bienvenu. Se référer à la loi de 1905 quand ça arrange pour justifier un discours de haine galvaude cette loi qui promeut plutôt le vivre ensemble dans sa différence.
Delmas Michel
  • 2. Delmas Michel | 15/04/2019
ce formulaire va à l'encontre de la neutralité de l'école publique à l'égard de toutes les religions. Jules Ferry doit se remuer dans sa tombe.

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Date de dernière mise à jour : 15/04/2019