RATP, le service public

RATP, le service public " très spécial".

L'affaire de la jupe ou de la clope de la RATP démontre une fois de plus que plus personne ne sait ce que sont la laïcité et le service public. Oui parce que la RATP est liée à la laïcité, comme le pape à son trône. À l'évidence la CGT, la Direction, et l'État ont perdu le sens de la simplicité dans des affaires politiquements incorrectes. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Reprenons depuis le début et tâchons de suivre: la laïcité, c'est la liberté de conscience. C'est très précieux la liberté, parce qu’il faut tout le temps la protéger. Surtout celle-là, parce que c'est l'essence même de la liberté, de pouvoir vivre en conscience dans une société qui ne pose pas de limite à mes croyances personnelles ....individuelles. Dans le contrat laïque que nous signons avec l'État, il s'engage à défendre la liberté de conscience. De plusieurs façons en fait!

En ne prenant pas parti pour l'un ou l'autre des cultes. En ne finançant aucun culte. C’est simple et très facile à comprendre que ce soit pour un ministre ou un citoyen lambda. C'est tellement basique, qu'on a oublié de le redire. Et puis il faut bien dire que localement, il est devenu tellement courant de mettre des petits coups de canif dans ce contrat laïque, dans des municipalités ou avec des réserves parlementaires, en pensant que ça n'a pas d'importance, qu'il faudrait une vie pour dénoncer les collusions et les conséquences de ces "petites conneries".

Mais la principale conséquence est le délitement de la laïcité. Dans l'absolu, la croyance est l'affaire du croyant. C'est sa liberté de conscience individuelle. Dans la pratique, les élus qui ne sont pas soumis à la laïcité font ce qu'ils veulent avec l'argent des contribuables. Oui oui, vous avez bien lu. Ils ne sont pas soumis à la laïcité. Ils peuvent donc arroser, et faciliter les assocs cultuelles, ou culturo-convictionnelles. Mais souvent l'élu engage la parole de l'État, et les services de l'État ... et l’argent de l'État, donc l'argent du contribuable. On appelle ça l'argent public!

L'argent public, ce n'est pas de l'argent facile à trouver. C’est le fruit du travail et de la consommation de millions de travailleurs en France. Le prix de la sueur ! Le fisc en prélève la masse et cet argent est dédié à l'ensemble des citoyens. Grâce à cet argent public, l'État (encore lui) finance des services dédiés au fonctionnement de l'État et qui profitent à l'ensemble des citoyens, quelle que soit la conviction de chacun des usagers. On appelle ça "service public"!

Vous allez me dire "et alors?" Eh bien pour avoir un service public qui réponde à chacun d'entre nous de la même manière partout sur le territoire, et quelles que soient nos convictions, il faut rappeler que l'État ne reconnait aucun culte. Pour que cela soit opérant, il y a donc des conditions drastiques! L'État impose aux gens qui font fonctionner l'État (redondance mais c'est obligatoire), les fonctionnaires, de rendre un service en son nom avec une neutralité convictionnelle et politique totale. Autant dans les attitudes, que dans les mots, la tenue vestimentaire, ou les réponses apportées aux usagers.

Oui, l'usager qui finance les services publics, ne doit pas avoir à se poser de questions, lors de ces échanges administratifs, ses soins, son dépôt de plainte, ses demandes de droits sociaux, son calcul de l'impôt, ou l'éducation de ses enfants. Une contrainte pour les fonctionnaires afin de mettre en application la neutralité d'État. Je suis même de ceux qui pensent que les subventions d'argent public en direction des associations, devraient obliger les structures à la neutralité pour éviter de financer des lallabs, des civitas, et des écoles privées louches. Mais bon ce n'est pas le sujet.

Revenons à la RATP. Service public des transports. La neutralité n’est pas un vain mot comme le démontre l'affaire de la jupe. Une usagère du service public en est venue à penser que la conviction du machiniste avait mis en péril la neutralité nécessaire du service public qu'elle finance. Le fait qu'elle ait été tenue de poser publiquement cette question, que la direction de la RATP ait lancé une enquête interne, que les politiques s'en mêlent, est déjà un problème. Le service public a failli. Avec une attitude, un vêtement, le refus de rendre un service public, une parole, un fonctionnaire peut mettre en péril le service public et sa neutralité. Que l’on soit tenu d'enquêter sur cette question est déjà un problème majeur. En défense de ce machiniste, on crie à l'islamophobie.

Voici la preuve même que la neutralité est mise en échec dans cette affaire, puisque son avocat, et même le syndicat CGT, mettent en avant la conviction de cet agent de service public. Il aurait été lui même agressé pour son "arabité" que je me serais insurgé de la même façon. Sauf qu'ici, il semble que ce soit l'usagère qui fut agressée par la rupture de la neutralité du service public des transports.

La CGT "RATP" peut s’agiter dans tous les sens, le problème n'est pas syndical. Le cas du bus 60 qui nous occupe ne regarde déjà plus seulement l'entreprise publique de la RATP, mais le service public dans son ensemble, qui est financé par tous les citoyens. Il contredit violemment l'idée que l’on se fait d'un service public soumis à la neutralité, respectant de la même façon chaque citoyen suivant les lois de la république. L’usager deviendrait de plus en plus suspicieux à l’égard de l’État, des agents de l'État, des fonctionnaires et des services publics, s’il constatait que le recrutement, la formation et l'encadrement des agents des services publics ne permettent pas le respect de la neutralité. Il pourrait craindre que les comportements des agents ne varient en fonction de leurs propres convictions idéologiques. Ce qui serait inacceptable.

La France a forgé une notion de neutralité du service public, qu’il serait impardonnable d’écorner à l'heure où le Québec va adopter une loi définissant la stricte neutralité des services publics. L’affaire du bus 60, qui survient après d’autres affaires trop souvent déniées et étouffées, risque de porter le discrédit sur l’un des pans de la liberté de conscience dont l'État et le service public doivent assurer le respect. Il est temps pour l'État lui même d'assainir ses rangs, et d’exiger la neutralité dans tous les services publics.

Et ce, du vestiaire au guichet des entreprises de transports, des salles d'attente des hôpitaux aux lits du malade, de la grille des écoles aux chaires des universités, du bureau d'aide sociale aux guichets des impôts, de l'horodateur au panier à salade. C'est de l'État que l’on parle, et de notre liberté qu'il garantit. Notre citoyenneté ne doit pas être sacrifiée sur l'autel des idéologies qui cherchent à s'immiscer dans les libertés individuelles.

Le service public est un outil de cohésion et il ne doit en aucun cas être mis au service des ennemis de cette cohésion. Nous sommes contributeurs et tributaires de la fonction publique, et chacun doit comprendre que la neutralité du service public est le meilleur rempart pour garantir en même temps nos droits face à l'État et contre les positions idéologiques qui tendent à faire exploser nos libertés à leur seul profit.

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Date de dernière mise à jour : 17/05/2019