Julien Denormandie ou la laïcité islamophobe.

Monsieur le Ministre auprès du Ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales,

Monsieur Julien Denormandie,

l'association Esprit Laïque se doit de vous interpeller. En effet, en date du 28 août 2019, vous twittez :

"Même si ce n'était pas l'intention de l'auteur, les propos tenus à #AMFIS2019 donnent le sentiment que c'est normal d'être #islamophobe, ce dont beaucoup de Français sont victimes. Non, ce n'est pas normal, non " on n'a pas le droit" d'être islamophobe."

Il convient, Monsieur le Ministre, au delà de la critique de Monsieur Pena Ruiz, dont vous pensez qu'il ait pu faire une erreur malgré une carrière sans faille à promouvoir la laïcité, il convient donc de replacer l'église au milieu du village.

La laïcité, Monsieur le Ministre inclut deux pans légaux et philosophiques que vous semblez ignorer.

Le premier pan est la liberte de conscience. Votre prise de position dénature profondément l'expression des consciences en empêchant cette liberté individuelle d'être libre et sans frein. En effet la critique des dogmes est en France possible, puisque garantie par la constitution qui précise que la République dont vous êtes un serviteur, est Laïque.

Vous semblez ne pas avoir compris la portée des propos de Pena Ruiz qui se fait fort de démontrer que la loi de 1905, loi qui encadre le principe constitutionnel de Laïcité est justement le garant de la liberté dédiée aux consciences incluant les croyances déistes ou theistes. Nous n'osons croire que cette simple compréhension de la constitution, et de la laïcité française, principes républicains si il en est, vous fasse défaut.

La simplicité de la loi de 1905 passe par une compréhension globale partagée et citoyenne. Toutes remises en cause atteint gravement la cohésion nationale tant du point de vue légal que du point de vue philosophique. Votre sortie sur le réseau social Twitter est une atteinte à la liberté de conscience, à la liberté individuelle, une atteinte grave à la liberté d'expression et au principe de séparation des églises et de l'État.

En effet, votre fonction ministérielle, ne vous permet pas de prendre position, au nom de l'État, sur les questions liées à la religion, ou aux cultes. Par cette attitude inconséquente, vous mettez en péril l'image même de l'État, et l'image de la République Laïque et de sa constitution. Vous sortez du rôle qui vous a été confié par le premier ministre Édouard Phillipe au nom des citoyens français.

Citoyens Français, qui prennent à cœur que l'État ne dirige le peuple français, autrement que part le droit humain, et non un droit hérité des dogmes et des cultures dogmatiques. En donnant l'avis de l'État par votre voix, vous commettez une faute morale dont vous ne semblez pas maîtriser les tenants et les aboutissants. Toutes prises de parole, par la voix du gouvernement, dans un choix ou une défense des dogmes et des cultures liées à ces dogmes, censurent de fait la critique raisonnée et raisonnable et assimilent l'État à un commandement de droit divin. Ce qui ne saurait être une libéralisation au regard, une nouvelle fois, de la constitution française.

Vous injectez les germes de la division et vous permettez des accusations venant de toute une frange d'anti-républicains, de gens qui souhaitent la sédition et la partition communautaire, pour faire valoir, non des droits communs, mais des droits spécifiques. Votre prise de position devient donc une forme de validation des thèses séparatistes liées aux dogmes et en particulier l'islam. Je vous rappelle par ailleurs que sur un principe d'égalité et de réciprocité, toutes les validations que vous promouvez dans ce twitt, devront être appliquées aux autres cultes, sans exception.

C'est tout l'intérêt de la séparation qui ne permet pas aux intérêts particuliers de recevoir de l'État une validation qui remettrait les principes laïques que sont la liberté de conscience et de séparation des Églises et de l'État, en cause et pousserait le peuple français vers une division essentialiste.

Division essentialiste dont on sait historiquement qu'elle conduit immanquablement au fachisme et à l'ostracisation des populations minoritaires et ce au nom de la religion et des croyances organisées par les églises, ou des cultures historiques souvent fantasmée. Il est bon de rappeller que le terme " islamophobie" n'a aucune portée juridique, comme pourra vous le confirmer la garde des sceaux Nicole Belloubet. Je ne doute pas que vous prendrez l'initiative de lui poser la question afin d'éclaircir votre position.

L' islamophobie n'est pas un délit, et il est donc inconvenant pour un Ministre de la République Française d'affirmer à la place des juges et du parquet que l'islamophobie ne serait pas un droit.

En l’état la critique des religions est une liberté à laquelle l’islam ne peut échapper car cette liberté est protégée, par le garant des institutions qu'est le président de la République, ainsi que par la constitution. Ainsi au regard de la loi de 1905 un Ministre ne saurait prendre une position contraire. Même pour un twitt, même un bon mot, ou une attitude électoraliste.

Recevez Monsieur nos salutations distinguées.

Association Esprit Laïque.

Afin d'aller plus loin voici un excellent site pédagogique sur la Laïcité

 

http://www.laicite-decomplexee.org/

Commentaires (1)

Yves Forban
  • 1. Yves Forban (site web) | 29/08/2019
Le Ministre reste dans la confusion habituelle entre islamophobie (ne pas aimer et critiquer une doctrine politico-religieuse) et la musulmanophobie (stigmatiser des individus en raison de leurs inclinaisons philosophiques supposées).

Alors si ! Monsieur le Ministre, la Déclaration des Droits de l'Homme (et du citoyen) permet la liberté d'opinion (et d'expression consécutivement). Il est possible chez nous d'exprimer son opinion, mais réciproquement d'exprimer une opinion contraire (critiquer mutuellement les opinions adverses). En gros la règle est celle des opinions politiques : On peut exprimer des opinions communistes ou libérales, mais étant entendu que cette liberté d'opinion admet la possibilité à leurs adversaires réciproques de critiquer, même très vertement, ces opinions.
L'interdit d'islamophobie consisterait en somme à interdire toute critique de l'Islam pour raison quasi blasphématoire. On imagine mal qu'on parle de "communismophobie" en interdisant toute critique du communisme (sous prétexte que ce serait stigmatisant pour les communistes en tant que personnes). Sérieusement ? Ce serait juste hallucinant.

De 2 choses l'une ou bien Mr le Ministre n'est intellectuellement pas capable de faire la différence entre islamophobie et musulmanophobie, ou bien il joue au con (à la limite il vaudrait mieux qu'il joue ; parce s'il l'est vraiment, c'est extrêmement inquiétant quant à la clairvoyance des élites au pouvoir).

Je rajouterais que la liberté d'expression a une limite : Celle de la remise en cause de la liberté d'expression (? ? ?).
On appelle ça le suprémacisme en général : Certains individus auraient plus droit à s'exprimer (à être entendus) que les autres : Les blancs franchouillards plutôt que les français d' "origines douteuses". Mais aussi réciproquement les bons croyants plutôt que les mécréants.

Essayons de préciser le concept : Un suprémaciste qui insulte un noir ou un homo, tente par là de limiter leur droit à l'expression de leur différence en tentant de les impressionner indûment ("vous avez intérêt à ne pas trop la ramener : c'est moi qu'on doit écouter en priorité en somme !"). Réciproquement, nous aurions le suprémacisme religieux : "Notre parole vaudrait plus que celle des mécréants, parce qu'inspirée par Dieu (ou Allah, ou...) eux mêmes". Un croyant qui dénie son droit à l'apostasie d'un de ses proches est contre la liberté d'expression.

De fait les suprémacistes s'exprimant pour une limitation la liberté d'expression d'autrui au nom de leurs idées (suprémacistes) devraient être interdits de liberté d'expression (sous peine d'amendes, voir de prison).
Et il n'y va pas tant d'une atteinte aux libertés individuelles, mais d'une atteinte aux fondements même de la République. Ainsi la démocratie repose sur la délégation des divers courants d'opinion, étant entendu qu'aucun courant ne soit brimés ostracismement par rapport à ses voisins (égalité entre chaque courant d'opinion même minoritaires). MAIS dans la limite d'un ostracisme intrinsèque de tel ou tel courant d'opinion.

Qu'est-ce à dire ? Que des courants d'opinions ne devraient pas avoir droit d'expression ?
Non tant, non tant ! La règle reste dans la responsabilité individuelle : Le racisme, homophobie, grossophobie, musulmanophoobie, mécréantophobie etc. devraient pouvoir valoir déchéance (momentanée ou définitive suivant les cas) de citoyenneté, amendes financières, voir prison, à leurs auteurs (individuellement).
Nous avons parlé de communistopobie, mais réciproquement un tribun communiste qui menacerait ses opposants de les envoyer au goulag en cas de victoire, devrait être considéré comme un opposant à la liberté d'expression (de toute opposition), et se voir déchoir de citoyenneté (interdit temporaire d'expression publique, de présentation à un mandat national, et même de droit de vote -plus amende voir prison). Bref les communistes pourraient prôner un "communisme démocratique" respectueux de ses opposants, mais pas un communisme sectaire.(réciproquement pour un libéral partisan d'un maccartthysme primaire - chasse au communistes).

On peut penser paradoxal d'interdire de liberté d'expression les opposants à la liberté d'expression. Que nenni ! Il ne dérange personne qu'on prive de liberté les kidnappeurs et délinquants (qui ne respectent pas la "liberté" d'autrui à vivre sereinement).. La logique devrait juste être pas de liberté pour les opposants de la liberté (ici d'expression.

Comment préciser ? Toute "pression suprémaciste" visant à minimiser la pleine liberté d'expression d'autrui (pleine égalité d'opinion à priori) serait interdit (dire par exemple que telle opinion ne vaudrait rien parce que provenant d'un noir, ou juifs, ou ...).
On conçoit bien qu'une telle approche formellement inscrite dans les lois donnerait lieu à maints excès dans les plaintes déposées. En fait, on subodorera au contraire, qu'il y ait plutôt tant d'infractions, qu'il soit difficile de condamner tout le monde. D'où nécessité de sanctionner d'abord les plus outranciers, et les leaders d'opinion en tant qu'exemples, avant de s'en prendre à tout un chacun.

Il s'agit évidemment surtout de faire de la pédagogie en amont : Expliquer en quoi "tout supprémacisme" est de nature profondément anti républicaine, et menace la démocratie même, justifiant une répression sans ambage de telles attaques aux fondements même de toute idée républicaine et/ou démocratique..

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Date de dernière mise à jour : 28/08/2019