Lettre ouverte au président Macron

Monsieur le Président de la République Française, Emmanuel Macron,

Alors que la plus grave crise sanitaire que le monde ait jamais connue est en cours; que le nombre de morts en France augmente dans de fulgurantes proportions et dans un temps très court ; alors que la lutte contre ce virus contraint l'ensemble de la population à un confinement citoyen de bon sens ; alors que la nation entière est dans l'attente de la résolution sanitaire de cette terrible pandémie, ou simplement d’un ralentissement de sa propagation à l'échelon d'une région, d'une ville, ou d'un village ; alors que nos vies sont en suspens entre les mains des professionnels de la santé et de la science ; l'association Esprit Laïque s'étonne qu'à votre initiative, monsieur le Président, vous convoquiez ceux que vous appelez les responsables des cultes.

Vous souhaitez vous entretenir avec eux des dispositions liées aux restrictions de sortie lors des obsèques régulières et extraordinaires, liées aux décès des personnes atteintes du Covid-19. Dans un souci de responsabilité, vous avez déjà affirmé qu'aucune dérogation ne saurait être accordée sans que les rassemblements des cérémonies ne rompent le cercle vertueux et sanitaire du confinement. C'est l'honneur de la République que de protéger, jusqu'à la force, l'ensemble des citoyens.

Toutefois, vous semblez vouloir intervenir dans le même temps sur une réflexion philosophique plus large en convoquant, je cite l'article d’Europe 1 : ''... les responsables des Cultes, … des organisations laïques, mais aussi des philosophes.'' Et c'est sur ce point précis que nous nous étonnons de votre démarche.

La première des organisations laïques, monsieur le Président de la République, est la République elle même. Et à ce titre, elle ne peut souffrir une partition de ses citoyens, surtout lorsqu'elle est confrontée à des problématiques qui la dépassent, comme cette épidémie. C'est la République dans son ensemble qui doit se tourner vers la Nation. Et c'est votre rôle particulier que de rappeler l'unité nationale dans les périodes de crise.

Derrière la Constitution Française, monsieur le Président de la République, qui détermine le caractère laïque de la République Française, il est régulièrement oublié la philosophie même qui détermine la marche de l'État avec l'ensemble de la société.

Cette philosophie de liberté, tournée vers celle de la conscience, ne peut s'arroger le droit, ni de convoquer des syndicats philosophiques cléricaux, ni de s'abaisser à répondre à d'éventuelles dérogations cultuelles.

C'est le génie français que de maintenir grâce à l’État cet équilibre pour la société, pour le peuple français. Et ce quelles que soient les épreuves politiques, sanitaires ou économiques, aux enjeux parfois internationaux comme l’est le terrorisme.

C'est ce génie français qui est le moteur de toute décision sociale, démocratique, et ceci passe par l'unité nationale.

En convoquant, monsieur le Président, des citoyens désignés pour leur responsabilité philosophique et particulièrement religieuse dans l'exercice de leurs doctrines propres, vous brisez vous-même l'unité nationale. D'abord parce que vous externalisez votre parole qui ne pourra être reprise que dans le contexte de chaque culte que vous invitez à vous entendre, mais aussi et surtout parce que vous déniez aux adeptes de ces diverses philosophies une pensée propre et citoyenne en les plaçant sous tutelle de leurs représentants.

La conséquence, monsieur le Président, est que la parole de la République s’en trouve minimisée, car soumise au prisme des doctrines. C'est, à notre avis, un problème de fond qu'il est nécessaire de mettre en lumière dans cette triste période, qui voit nombre de nos concitoyens en danger mortel, ou plongés dans des deuils difficiles à vivre, aggravés par le confinement nécessaire à leur survie. La liberté de conscience ne peut être remise en cause par cette collusion entre la République et les doctrines dans cette période de fragilité.

La liberté de conscience, garantie par la séparation de l'État et des cultes, génie français entre vos mains, ne peut être sectorisée au profit des seuls clergés.

Monsieur le Président de la République Française, nous vous demandons de bien vouloir laisser monsieur le ministre de l'Intérieur, chargé des relations avec les cultes, gérer les particularités en matière d'obsèques et de cérémonies dans cette période terrifiante.

Et nous vous soumettons dans le même temps une proposition qui, à notre sens, serait par votre voix un hommage de la Nation rendu à l'ensemble de nos concitoyens décédés lors de cette épidémie : la prise en charge par l'État, grâce à la solidarité nationale, des obsèques liées à cette épidémie.

Cela ferait sens et dans l'unité nationale, et dans le soutien de la République à l'ensemble des citoyens sous le bouclier de la Nation, dans la guerre ouverte contre ce virus.

Nous pensons que cette démarche pourrait rappeler que la France, quelles que soient les convictions de ses citoyens, pourvoit au deuil national, financièrement et philosophiquement, dans l'intérêt de l'unité de la Nation et de la République.

Je vous prie, Monsieur le Président de la République Française, d’entendre la voix de la société laïque française, qui tient à ce que le génie français s'exprime par le garant de la liberté de conscience.

Veuillez recevoir l'expression de nos interrogations, ainsi que cette proposition, et vous assurer de notre soutien dans cette crise terrible qui nous frappe.

Bien laïquement !

Association Esprit Laïque.

 

Commentaires (1)

Ychon
  • 1. Ychon | 25/03/2020
Parfait!
Qui peut m'expliquer le pourquoi de sa démarche?

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