Réponse Laïque à Asif Arif et Mehdi Thomas Allal

En bleu , le texte original de la tribune de Libé

En noir la reponse de l'association Esprit Laïque

En qualité de citoyens laïques de ce pays, nous nous devons de répondre au torchon anti-laïque publié sur le journal complaisant "Libération" . Nous nous devons de répondre pied à pied à toutes les propagandes visant à dénaturer la loi de 1905 et modifier le champ de la liberté individuelle garantie par les institutions qu'est la liberté de conscience. C'est pourquoi nous allons répondre au texte intégral produit par Asif Arif et Medhi Thomas Allal.

[Le droit à l'islamophobie confine-t-il à l'incitation à la haine raciale ?

[Par Asif Arif, avocat et Mehdi Thomas Allal, maître de conférences à Sciences Po et responsable du pôle «Vivre ensemble» au sein du think tank «le Jour d'après» (JDA) — 29 août 2019 à 11:17

Face à la notion de l'islamophobie qui possède une forme de discrimination contraire au droit fondamental, un travail de fond reste à mener: celui de cultiver les liens du «vivre ensemble».]

La tribune n'est pas encore commencée que déjà intervient un premier sophisme. L’"islamophobie" qui n'est pas une notion juridique, et ne peut donc être une forme de discrimination contraire au droit.

Ensuite, le "vivre ensemble" est une notion molle qui ne correspond pas à la réalité de fond de la société française. Le "vivre ensemble" est une notion défendue par les baubéristes et autre observatoire de la laïcité.

Le "vivre ensemble" n'est pas une notion laïque mais n'est autre qu'une prière, une volonté d'acter la communautarisation en laissant croire qu'il est possible de vivre en mélangeant des communautés différentes, non plus sous le socle de l'unité républicaine et la seule communauté nationale, mais l'un à côté de l'autre avec des intérêts différents que celui de la République qui régit la Nation.

[Tribune. Lors d’une intervention controversée à l’université d’été de La France insoumise (LFI), Henri Peña-Ruiz a soutenu clairement «le droit d’être islamophobe», si «être islamophobe» signifie la critique de l’islam. Relayant les propos de nombreux intellectuels de gauche, qui dénoncent les tentations et les tentatives de certains islamistes de «coloniser» notre espace public, cette injonction n’est pas sans rappeler, par exemple, l’intervention d’Elisabeth Badinter qui disait, il y a peu, sur les ondes d’une radio publique qu’il ne faut pas avoir peur de se faire «traiter d’islamophobe».]

Seconde réduction sophistique : Henri Peña-Ruiz, n'a aucunement soutenu un droit à l'islamophobie. Il a simplement démontré que la critique des cultes (qu'il a partiellement énoncés) n'était justement pas interdite en vertu des libertés de conscience et d'expression.

Nous sommes surpris que vous découvriez  que Henri Peña-Ruiz relaye des « propos d'intellectuels de gauche ». HPR, ne vous en déplaise, est d'abord un penseur de gauche, contrairement aux accusations de fasciste qui lui sont assignées sur les réseaux sociaux. Mais il est surtout un penseur laïque, qu'a priori vous n'avez jamais lu ou entendu, y compris lors de la conférences LFI qui vous sert de référence.

A l'instar d'Elisabeth Badinter, nous n'avons pas peur d'être " traités d'islamophobes" lorsque nous revendiquons notre liberté individuelle de conscience. Liberté de conscience qui, elle, est un droit inaliénable, socle des lois laïques qui nous protègent de l'impérialisme idéologique et/ou dogmatique.

[Il convient de revenir sur ces assertions, qui ne cessent de faire polémique, afin d’éclaircir la notion d’«islamophobie», sans cesse renvoyée à ses origines. D’abord, cette notion n’interdit pas une critique objective ou subjective de l’islam en tant que religion : la critique des religions relevant de la liberté d’expression des opinions, personne ne tient à affirmer que l’on souhaite s’enfermer dans une société où toute critique de la religion est interdite ; il s’agirait, en effet, du retour au délit de blasphème.]

Troisième sophisme : vous affirmez que la notion d'"islamophobie" n'interdit pas une critique objective ou subjective de l'islam en tant que religion. Je note au préalable qu'il s'agit d'une notion (terme flou) et non plus une "discrimination contraire au droit fondamental" comme vous l'affirmiez dans votre préambule sophistique. Vous affirmez donc, sans le démontrer, qu’il serait possible de critiquer le culte islamique, -ou plutôt les cultes islamiques- sans que soit opposée la "notion" d'islamophobie. Je vous prie de démontrer cette affirmation.

Ensuite la critique de cultes et de leurs expressions est une donnée philosophique qui intervient dans le champ de la liberté de conscience -que vous éludez- bien avant d'être liée à la liberté d'opinion. Sauf à valider que les cultes seraient avant tout politique, ce qui venant de votre part serait une surprise de taille. La laïcité est une loi qui contraint les cultes à une dimension spirituelle et ou philosophique, interdisant justement l'opinion politique dans le champ religieux… (Si, si relisez la loi de 1905). Je suis d'ailleurs étonné qu'avec vos qualités respectives vous tombiez dans l'écueil liberté de conscience/ liberté d'opinion. L'expression religieuse n'est pas une opinion, mais l'expression de la conscience.

Nous tenons à ajouter, ou à vous l'apprendre, que le blasphème ne peut être lié qu'aux seuls pratiquants du culte en question, et non à la masse critique non religieuse ou d'une autre obédience cultuelle, qui revendiquerait une quelconque liberté de conscience en critiquant le dogme ou l'expression du dogme.

[Sans nous méprendre, donc, sur la définition matérielle que peut revêtir la notion d’islamophobie, il convient d’en rappeler les contours afin de la préciser. A notre sens, la notion d’islamophobie relève et révèle une forme de discrimination, qu’elle soit directe ou indirecte. On pourrait dire que l’on est en droit de critiquer le voile, le message qu’il renvoie, mais lorsque les polémiques confinent à interdire à des femmes de participer à la vie publique simplement parce qu’elles portent le voile, il s’agit là d’une forme de discrimination. Cette différence de traitement porte le nom d’islamophobie.]

Quatrième sophisme : vous appliquez de nouveau la réduction qui consiste à laisser croire que l'islamophobie serait une donnée juridique, qui pousserait à un délit d'opinion et à la discrimination directe ou indirecte en prenant le pire exemple qu'il soit: la femme musulmane portant le voile. Vous affirmez donc ici que le voile est lié à la religion, ou à l'expression de la religion. A un moment il va falloir être clair sur la portée du voile. Il ne peut pas être tour à tour lié au culte, ou purement culturel. Décidez-vous!

Nous connaissons le goût particulier de maître Asif Arif pour le voilement, y compris des mineures, afin de sexualiser le plus tôt possible les jeunes filles et ainsi les protéger des pédophiles, puisqu'il théorisait ce phénomène sur les plateaux télés d'émissions religieuses.

Revenons au voile, ici ,dans la société française. Puisque vous semblez lier le voile directement au culte, il convient de dire ceci :

La discrimination est volontaire de la part de ces femmes, qui revendiquent un choix. Il s'agit donc d'un choix religieux (c'est ce que vous affirmez). C'est donc au titre de la liberté de conscience que ce choix est protégé. Le cadre laïque le permet et protège cette expression. Pour autant la critique de ce voile, de cette expression religieuse est elle même protégée par la liberté de conscience. On ne peut pas promouvoir la liberté de conscience pour ces femmes, et dans le même temps brider la liberté de conscience (pas d'opinion, voir plus haut), de ceux qui critiquent ce voile et sa portée militante.

Toutefois, dire qu'il s'agit ici d'un apartheid sexuel volontaire, comme nous le faisons, relève de l'opinion (...politique, voir plus haut) puisque ce n’est pas la dimension religieuse qui est critiquée, mais l'instrumentalisation du voile comme donnée politico-sociale. J'espère que vous comprenez la différence?

Pour autant, le choix de ces femmes, de s'extraire du droit commun en portant volontairement un artifice, que vous reconnaissez comme religieux (..  voir plus haut), alors même que la loi les prive de l'accès aux services publics ne regarde qu'elles et pas la société, qui elle, accepte sans réserve le cadre laïque et la neutralité du service public en matière religieuse.

Il y aurait eu éventuellement discrimination d'État (ce que vous sous entendez) si, comme dans les sociétés musulmanes, la loi imposait de retirer un voile alors même qu'il est culturellement porté. Vous voyez la différence?

[Comme la théorie du «grand remplacement» qui voit en l’étranger la raison d’être de nos problèmes contemporains – et elle est, en ce sens, purement et simplement xénophobe –, l’islamophobie vise à voir la raison d’être de nos inégalités dans l’islam, dans ses enseignements, dans le voile. Cette recherche infatigable de la polémique au moindre centimètre de bout de tissu sur la tête ou sur le corps finit par nous faire oublier que certaines femmes sont discriminées à l’embauche en raison du port du voile.]

Cinquième sophisme : alors même que vous assimilez Henri Peña-Ruiz à un intellectuel de gauche, vous voilà insidieusement à l'assimiler à la théorie du grand remplacement. Théorie qui n'est pas liée à la laïcité, et encore moins à une politique d'État en France. Elle n'est pas non plus l'expression de la xénophobie, mais bel et bien l'expression d'un eugénisme racialiste et d'un hygiénisme ethnique. Cette théorie essentialiste, s'oppose pleinement à tous les essentialismes incluant l'essentialisme musulman. Cette théorie ne se prévaut nullement de la gauche et encore moins de l'esprit républicain que portent HPR et les militants républicains laïques.

Vous pratiquez ici une manœuvre idéologique chargée d'assimiler HPR à une forme d'extrémisme xénophobe. C'est indigne!

De plus vous liez cette théorie à la critique du "tissu" religieux, ce qui est inepte et démontre votre fragilité sur les concepts que vous maniez.

Je rappelle que les femmes ne sont pas embauchées non plus dans les restaurants hallal, fussent-elles voilées, ce qui constitue sûrement une discrimination, dont vous ne faites pas cas ! Il serait bon de ne pas mettre la Charia avant les bœufs !

[Appeler au droit à l’islamophobie dans ce contexte relève pour le moins d’une mauvaise compréhension de ce que sont les mécanismes de discrimination, et tout au plus d’une forme de mauvais goût. Car il convient de ne pas oublier qu’il est louable d’exciper des « arrangements raisonnables » de la notion de laïcité en vue de l’acclimatation des religions non catholiques à la société française, voire de mettre fin à l’exception française lorsque de tels sujets voient le jour, car il convient de remarquer que cette exception a de plus en plus tendance à nous isoler.]

Sixième sophisme déjà vu plus tôt. Henri Pena-Ruiz n'appelle pas à un droit à l'islamophobie. Mais à revendiquer l'expression de la liberté de conscience en matière de critique des dogmes et de leurs expressions.

Septième sophisme. Vous affirmez qu'il serait louable d'exciper (invoquer un fait pour en tirer une exception) des "arrangements raisonnables" de la notion de laïcité. LOL: La laïcité n'est pas une notion, mais une loi qui est réduite au mot " laïque" dans la constitution française. Loi de séparation des Églises et de l'État. Cette loi place la liberté de conscience comme cadre supérieur pour les individus, et contraint les cultes à une expression collective réduite mettant fin ainsi à la sacro-sainte liberté des cultes et la dimension hégémonique des dogmes.

L'islam est donc tenu comme les autres cultes de se soumettre à la loi française, qui comme vous le savez sûrement (j’espère), a pour principe l'égalité et rejette de fait les particularismes et autres aménagements raisonnables. 

Dura lex, sed lex!

[Elle nous isole sur le plan juridique, puisque les juridictions européennes ont reconnu le caractère discriminant du licenciement d’une femme voilée à la demande d’un client. Mais elle nous isole également d’un point de vue politique, puisque à de nombreuses reprises la France passe pour un pays en guerre contre ses musulmans, alors que ce n’est pas le cas, sauf à considérer les propos de certains idéologues sur ces questions.]

Discrimination à l'embauche et licenciement abusif ne sont pas la même chose. Nous vous l'avons dit plus haut, les discriminations à l'embauche doivent être prises dans leur ensemble. Attachez-vous à faire condamner aussi les discriminations liées au buziness hallal, que ce soit dans le logement, dans la restauration, dans les emplois d’entreprises sous-traitantes du service public, offres d'emplois qui imposent le critère musulman et rejettent les candidatures féminines.

Concernant les licenciements abusifs, le cadre de la loi est nécessaire et fait son travail.

Nous rappelons que la France (l’État) ne peut pas être en guerre contre ses musulmans. Déjà, la France ne possède pas de musulmans. Nous ne sommes pas en Mauritanie. Nous n'achetons pas d'esclave. Les musulmans en France ne sont pas un groupe reconnu par l'État. Ils sont aux yeux de l'État des citoyens libres de conscience. S’ils souhaitent s'exonérer de cette citoyenneté supérieure à leurs convictions, c'est leur droit le plus strict, mais il ne peut en aucun cas être fait procès à l'État, ni non plus minorer le droit commun à tous par des aménagements raisonnables.

Ce sont ces attaques qui sont idéologiques, ces attaques politiques contre l'unité nationale et la citoyenneté, contre la laïcité, ces tentatives de délayer la laïcité dans la soupe sémantique du "vivre ensemble" n'en déplaise à Medhi Thomas Allal.

[Il faut donc savoir raison garder sur ces questions épineuses. Nous en appelons à Henri Peña-Ruiz, en tant que philosophe reconnu et ayant publié plusieurs ouvrages, pour qu’il appelle les Français à fraterniser, plutôt que de leur apprendre à être islamophobes. La réalité est que la France a, plus que jamais, besoin de cohésion sociale et d’un renforcement des liens du « vivre ensemble ». Or, ce dernier ne se construit ni sur des polémiques stériles, ni sur des diatribes exsangues, mais bien sur un travail de fond.]

La question de l'"islamophobie" n'est pas épineuse. Il suffit juste d'être clair. Ce n'est pas un délit. C'est juste un outil propagandiste pour attaquer la liberté de conscience, un outil anti- liberté qui interdit la critique des dogmes et cultes. Liberté de conscience chargée de se protéger des dérives totalitaristes et impérialistes des dogmes, clergés et cultes intégristes.

Henri Pena-Ruiz n'apprend pas à être islamophobe, mais à utiliser la liberté de conscience pour une critique raisonnée, non pas en direction des croyants, mais bien de l'islam lui-même en tant que culte.

Quant à votre notion de cohésion sociale, en affirmant la sédition idéologique et communautariste dans le texte que vous produisez, nous l'érigeons sans ambages au rang de huitième sophisme. Nous pensons même qu'il est inutile d'en démontrer la bêtise, tant l'énormité de la chose est délirante. Il serait malhonnête d'en faire la critique agressive tant il déclasse l'article entier lui même.

 Merci à Libé pour l'édition de ce torchon, la dégringolade de vos papiers est juste hallucinante. Laurent Joffrin, nous ne vous félicitons pas, vous êtes devenu le vecteur d'une soupe infâme et infamante pour la majorité des citoyens de ce pays. Lamentable!

Commentaires (1)

Cometto
  • 1. Cometto | 04/09/2019
"La France applique la "laïcité et celui qui conteste cette politique doit quitter le pays", avait-il ensuite déclaré dans un entretien début 2004 au quotidien Al-Charq al-Awsat. "Ils (les Français) sont laïques, ils n'acceptent pas l'intervention de la religion dans leurs affaires. Il s'agit d'une affaire interne", avait-il ajouté, en réaffirmant que le port du voile restait une "obligation" religieuse pour les musulmanes.

Cette position avait suscité de nombreuses critiques à l'époque. "Pour beaucoup d'oulémas musulmans, si vous êtes dans un pays qui n'autorise pas à pratiquer l'Islam en suivant ses préceptes, vous devez partir. Et vous devez éviter d'émigrer dans un pays qui n'autorise pas à pratiquer l'Islam en suivant ses préceptes", rappelle Samer Al-Atrush.

L'imam Tantaoui avait aussi déclenché une vive polémique fin 2009 en Egypte en affirmant que "le niqab n'est qu'une tradition" qui n'a "pas de lien avec la religion". Cette position-là est toujours celle d'al-Azhar. Source https://factuel.afp.com/non-luniversite-al-azhar-nestime-pas-que-le-voile-nest-pas-une-obligation-islamique

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Date de dernière mise à jour : 30/08/2019